La version de votre navigateur est obsolète. Nous vous recommandons vivement d'actualiser votre navigateur vers la dernière version.

Pensées du jour

Kusen To Zanmai

Les Kusens de Tyz'

 

Un kusen est un enseignement bouddhiste zen donné généralement pendant la méditation assise. En voici quelques-uns donnés par To Zanmaï à la Réunion. 

 

 

 

Kusen du 20 juin 2013

 

Le Bouddha nous dit que tout est souffrance. 

Nous avons eu hélas un triste exemple encore dans les faits divers il y a quelques jours.

Je dédie donc cette assise pour le petit Mattéo et toutes les victimes de cette affaire.
Ce drame survenu suite à un mot de trop, l'émotion a pris le dessus sur la raison.


Ce cas est extrême mais nous sommes bien souvent tous comme ça, 

Nous réagissons sous l'impulsion de l'émotion avant la raison.
Nous sommes tellement conditionnés que nous le faisons automatiquement. 

Nous le regrettons souvent après.
Les couples y sont souvent confrontés.
Vivre la souffrance nous permet aussi de nourrir notre compassion et à reconnaître quand le bonheur est là.
La colère peut être justifiée quelquefois.
Mais il ne faut pas oublier que c'est nous qui la créons, qui l'exprimons.
Face à une même situation, une personne a plusieurs possibilités de réaction. Rester calme, s'emporter, faire l'hypocrite, etc...
Quand la colère apparaît, il est bon de reconnaître sa présence et de ne pas s'exprimer sous son emprise.
Il faut l'embrasser, la cajoler, comme le fait une mère avec son bébé.
Lorsque la mère a fait cela et a trouvé pourquoi il pleurait, le bébé se calme.
La colère est donc notre bébé.
C'est pourquoi nous devons en prendre soin.
Vous allez me dire : "
Facile à dire mais comment faire ?"
Tout simplement la même chose que vous êtes en train de faire actuellement.
Apprendre à rester dans le moment présent et à laisser passer les pensées.
Bien entendu, comme nous le conseillons en Zazen, de ne pas rejeter les pensées mais de les regarder. Il est primordial de faire la même chose avec la colère.
Il faut apprendre à l'exprimer mais avec sagesse.

Lorsque l'émotion est passée, vous pouvez vous confier à la personne concernée en disant : "Je souffre, je suis en colère et je veux que tu le saches."

Vous pouvez ensuite ajouter : "Je fais de mon mieux pour maîtriser ma colère." En disant cela, vous dites à l'autre que vous faites un effort.
Vous pouvez conclure en lui disant : "Je t'en prie, aide-moi."
Ce type de communication aspirera plus de la compassion et du respect que du rejet de la part de votre proche.

Penser aussi à respirer profondément avant de parler.
Cela aidera à éliminer l'émotion d'emportement.
Je compare souvent notre intérieur à notre maison

Lorsque des étincelles apparaissent, il est primordial de réagir avec sagesse avant que la maison ne brûle complètement.
Réagir avec sagesse signifie arroser l'étincelle avant qu'elle ne devienne une flamme.
Vous allez me dire : "
OK mais arroser avec quoi ?"
Tout simplement avec l'énergie de Zazen, de la pleine conscience que notre corps et notre esprit ne font qu'un à cet instant.
Voilà le secret de Zazen, le secret du bonheur, du Nirvana.
Bien souvent, notre corps est là et notre esprit dans le passé ou le futur.
Lorsque la colère se manifeste, c'est la même chose. 

Notre corps est là mais notre esprit lui n'est pas véritablement là.
Il rejoint la réaction qu'il a face à cet événement depuis son enfance. 

Il réagit en fonction de son conditionnement passé.
Il n’est donc pas véritablement là.
Lorsque nous sommes vraiment présents, nous savons que le plus important est de ne pas créer de souffrance.
Ou de ne pas en créer plus qu'il n'y en a déjà.
C'est la base du bouddhisme.
Elle existe, elle a une origine, une fin et une voie à suivre pour arriver à cette fin.
Être pleinement présent corps et esprit est cette voie.
En pratiquant ainsi, votre colère diminuera d'elle-même.
Cela ne veut pas dire qu'elle disparaîtra.
Je ne crois pas qu'il disparaisse un jour.
J'aime comparer la colère et la joie avec des graines comme le fait le Maître zen Tich Nhat Hanh.
Si tu es en pleine conscience, tu as le choix de l'arroser ou pas.
Les graines sont au sous-sol dans notre esprit.
Mais lorsque nous les arrosons l'une d'entre elles ou qu’elle se fait arroser à notre insu, elle se manifestera instantanément dans notre salon.
La pratique de la méditation nous permet de laisser la graine de colère au sous-sol.

Et lorsqu'elles se manifestent au salon, nous en prendrons immédiatement conscience et la feront redescendre au sous-sol.
L'étincelle aura tenté de mettre le feu mais l'énergie de Zazen l'aura arroser avant que ne s'expriment les flammes.
Nous comprenons alors que la colère est comme toutes les autres émotions, un conditionnement que nous avons depuis notre tendre enfance selon notre vécu notre environnement et les gens qui nous entourent.
Nous sommes attachés à cette émotion. Bien souvent nous en sommes aussi esclave.

Prenons l'exemple d'une personne qui veut arrêter la cigarette.
Cette personne sait que fumer est mal et provoque des cancers et toute sorte de maladies. Pourtant une impulsion, une envie, une émotion plus forte qu’elle, la pousse à l'acheter 
et à la consommer. C'est son programme qui s'est construit ainsi. 
Tout comme un ordinateur rattaché à son programme qui réagit en fonction de lui et des informations qu'on lui a transmis.

 Il ne pourra réagir différemment car il n'a pour référence que ce programme qu'on lui a installé.

Nous sommes comme cet ordinateur.
Sauf que nous avons la possibilité de nous reprogrammer grâce à la méditation de Zazen. 
La possibilité d'installer un nouveau programme destiné à ne pas créer ou développer plus de souffrance qu'il en existe déjà dans ce monde. 

 


Kusen du 27 juin 2013

 

En prenant connaissance des statistiques liées au suicide, on se rend compte que la majorité étaient des personnes seules n'étant pas ou plus en couple.
En second, vient le fait du travail, de l'argent. C'est un souci de reconnaissance sociale. Il n'y a personne pour eux. C'est le comble de notre époque avec les réseaux sociaux qui sont censés nous rapprocher. Leur « je » est souffrant.

 

On dit que la pratique de Zazen est sans but ni profit.

Qu'est-ce que cela veut dire ?
Que je vais m'asseoir sur un coussin pendant des heures, des mois, des années, sans obtenir un quelconque bénéfice ?
À quoi bon ? Autant que je reste chez moi affalé dans mon canapé à regarder la télé !
Maître Deshimaru l'a dit lui-même dans une interview : "Oui oui, il faut donner un but, comme pour les bébés, les pigeons". Il ajoute ensuite : "Le zen n'est que le retour à la condition normale de l'être humain."

OK mais qu'est-ce que la condition normale de l'être humain ?
La condition normale est d'être là, présent dans son corps et son esprit, être là pour vous, pour l'autre, pour la vie.
La méditation permet donc de nous libérer de beaucoup d'obstacles mentaux et de nous installer fermement dans le moment présent.
Lorsqu'on dit que Zazen doit être pratiqué sans but ni profit, cela veut dire pour notre petit "moi je".
Ce qui fait la différence, par exemple avec l'auto-hypnose. Dans l'hypnose, on programme des images liées à nous, à notre petite personne et peu souvent pour les autres (envie de maigrir, de ne plus fumer, d'être riche, d'avoir un compagnon, une belle maison, un chien !...).
C'est dans ce sens que l'on s'assoit sans but ni profit.
Par expérience, j'ai pu apprendre que c'est en lâchant prise que tout arrive. C'est en pratiquant le non faire que tout s'obtient. Il est donc inutile de se dire sans cesse : "Je veux... Je voudrais... Je, je, je."
Mais concrètement, qu'est-ce que le "je" ? Notre "je" est une combinaison de cinq éléments si on réfléchit bien :
La forme et notre corps physique, nos sensations, nos perceptions, nos formations mentales et notre conscience - connaissance.

 

Pour bien comprendre, je reprendrai l'image de la fleur de Maître Taï : lorsque nous la regardons profondeur, nous voyons en elle la lumière du soleil, la terre, les nuages, les minéraux, le jardinier.
Nous comprenons alors que la fleur est faite d'éléments non fleur et qu'elle est donc la formation physique de tous ces éléments extérieurs.
Sans terre, sans lumière, sans eau, elle n'existerait pas. Notre « je » est donc comme la fleur et est la formation d'éléments non je.
Nous comprenons alors que nous sommes le résultat de formation physique et mentale. Nos perceptions et sensations sont des formations mentales. La conscience connaissance préserve toutes les semences de nos formations mentales. Et lorsque les conditions sont réunies, elles se manifesteront comme formation mentale. Il est important de regarder notre forme physique comme une rivière, comme quelque chose d'impermanent. Elle change tout le temps, à chaque seconde, des cellules naissent et d'autres meurent. Nous sommes donc comme cette rivière, rien n'est statique  en nous.
En regardant autour de nous, nous voyons que tout est impermanent, tout change. Il est impossible de se baigner deux fois dans le même cours d'eau. Pourtant vu de l'extérieur, il paraît être semblable. 

C'est la même chose pour notre corps physique.
Il n'y a pas de soi propre, statique dans notre corps.
Notre souffrance, notre douleur croient le contraire par ignorance.
Mais lorsque nous comprenons profondément la nature du non soi, nous avons un moyen d'échapper à la souffrance.
Nous avons aussi les sensations physiques et mentales. Certaines sensations prennent racine dans la forme physique. Comme pour les maux de dents par exemple. Nous allons alors chez le dentiste. Mais certaines sensations peuvent naître aussi d'une perception erronée et faire apparaître la souffrance.
La sensation a aussi ses racines dans la perception. C'est pour ça, que comme en Zazen, il faut regarder les sensations comme une rivière où chaque sensation devient une goutte d'eau. Elles se forment, naissent, restent là un instant puis disparaissent, comme pour les pensées en Zazen. Elle passent comme les nuages. Cette vision de l'impermanence des sensations nous aide à souffrir beaucoup moins.
C'est comme si vous aviez une douleur dans une jambe et que je passe derrière vous en vous pinçant l'épaule. Vous oublierez votre douleur à la jambe et serez concentré sur votre épaule. Si peu après, un moustique vous pique la main, cette sensation prendra le dessus sur celle de l'épaule. Vous avez un bel exemple d'impermanence. 

Nous voyons que nos perceptions sont très souvent erronées et peuvent créer de la souffrance. Quand je regarde une personne, un nuage, une chose, j'ai une image d'elle. C'est la perception. Elle nous joue souvent des tours. De loin, j'ai cru voir une tortue alors que de près, je me rends compte qu'il s'agit d'un arbre. Vous croyez que cette personne ne vous aime pas alors que c'est faux. Vous croyez voir une flaque d'eau au loin sur la route alors qu'il ne s'agit que d'une illusion d'optique dûe à la chaleur. Il faut être très vigilant et voir que la perception est comme une rivière et qu'elle est donc impermanente. Chaque fois qu'une perception, une formation mentale se manifeste, on doit prendre le temps de la regarder, la contempler profondément et ne pas se laisser entraîner par elle. Zazen nous apprend cela. À ne pas devenir victime de nos perceptions erronées. Dans le cas contraire, vous aurez mal et souffrirez beaucoup. La conscience - connaissance est le terrain qui contient toutes nos graines (désespoir, peur, jalousie, joie etc..., compassion, tolérance, amour, etc...). Notre pratique consiste donc à arroser les graines positives et laisser les autres dans notre sous-sol. Ses graines ont été plantées par nos ancêtres, nos parents, notre entourage, bien souvent durant notre jeunesse. Elles sont un héritage génétique et spirituel. Le but du jeu est donc de faire un arrosage sélectif de nos bonnes graines. Notre "je"est donc le corps et l'esprit. Et quand on regarde dans ces cinq éléments que je vous ai parlés, on ne voit pas d'identité permanente, on voit que tout passe comme le nuage de la pensée en Zazen. Et si vous pratiquez de sorte que l'harmonie s'installe dans ces cinq éléments, alors la joie, là et le bonheur sont possibles. Voilà ce que veut dire revenir à notre condition normale comme disait Maître Deshimaru. 

 


Kusen du 04 juillet

 

On demande souvent si le bouddhisme est une philosophie ou une religion.
Peu importe comment on l'appelle ou l'étiquette qu'on lui attache.
Le nom qu'on lui donne à peu d'importance, c'est son contenu qui est important.
Qui y a-t-il dans un nom?
Si une rose portait un autre nom, ne sentirait-
elle pas aussi bon ? 

La vérité n'a pas d'étiquette : elle n'est ni bouddhiste, ni chrétienne, ni hindoue, ni musulmane.
Elle n'est le monopole de personne.
Les étiquettes sectaires sont un obstacle à la libre compréhension de la vérité et elles introduisent dans l'esprit de l'homme des préjugés malfaisants.
Cela est vrai au niveau intellectuel, spirituel et aussi dans les relations humaines. 

Lorsque l'on rencontre quelqu'un, nous ne le voyons pas comme un humain et mettons sur lui une étiquette l'identifiant comme un zorey, un créole, un malgache, un cagnard, un riche,...

Puis nous le considérons alors avec tous les préjugés associés à cette étiquette dans notre esprit.
La pauvre personne peut être entièrement exempt des attributs dont nous le chargeons. 

Par exemple, une personne peut ressembler à un zorey et s'avère être un gros créole de la Plaine des Cafres! Une autre peut ressembler à un grand caf de Saint Louis jusqu'à ce qu'il ouvre la bouche et s'exprime dans un langage bien français marseillais, ch'ti ou parisien!
Les gens affectionnent tellement les appellations discriminatoires qu'ils vont jusqu'à les appliquer à des qualités et à des sentiments humains communs à tout le monde.
On parle ainsi de charité chrétienne, charité bouddhiste tout en méprisant d'autres " marques "de charité. Mais la charité ne peut pas être sectaire.
La charité est la charité si c'est de la charité.
Elle n'est ni chrétienne, ni bouddhiste, ni hindoue, ni musulmane.
Tout comme l'amour d'une mère pour son enfant qui n'est ni bouddhiste, ni chrétien, ni d'aucune autre qualification.
C'est l'amour maternel.
Les qualités ou les défauts, les sentiments humains comme l'amour, la charité, la compassion, la tolérance, la patience, l'amitié, le désir, la haine, la malveillance, l'ignorance, la vanité n'ont pas d'étiquette sectaire.

Ils n'appartiennent pas à une religion particulière.
Le mérite ou le démérite d'une qualité ou d'un défaut n'est ni augmenté, ni diminué par le fait qu'on le rencontre chez quelqu'un qui professe une religion particulière ou n'en professe aucune.
Il est sans importance pour un chercheur de vérité de savoir d'où provient une idée.
L'origine et le développement d'une idée sont l'affaire de l'historien.
En fait, pour comprendre une vérité, il n'est pas nécessaire de savoir si l'enseignement vient du Bouddha ou de quelqu'un d'autre.
L'essentiel est de voir la chose, de la comprendre.

Comme on dit : si le remède est bon, la maladie sera guérie. 

Peu importe de savoir qui l'a préparé et d'où il vient.

 

C'est pour cela que quelle que soit notre religion d'origine, nous devons rester ouverts aux autres. Car au final, les religions développent toutes la même chose : l'énergie d'amour, la bienveillance envers les autres. La vérité ultime est au-delà des religions, elle est avant tout humaine. Dans le bouddhisme par exemple, lorsqu'on le reçoit les 10 préceptes, on nous dit qu'il ne faut pas voler, ne pas mentir, ne pas tuer... En fait, de ne rien faire qui puisse créer la souffrance des autres. Mais ces préceptes ne sont selon moi pas bouddhistes. Nous les retrouvons également dans les 10 commandements de la religion chrétienne ainsi que dans toutes les religions. Ce sont des vérités sans étiquette. A compter du moment où nous avons compris, nous ne pouvons les remettre en question. Tout devient logique.

Dans le bouddhisme, on dit que l'amour et la compassion sont faits d'une substance appelée compréhension. Si vous comprenez, vous pouvez aimer. Mais si la compréhension n'est pas là, il vous est impossible d'aimer et d'accepter l'autre. À partir du moment que l'on comprend, tout devient alors très logique dans notre esprit. Et cette logique est commune à tous les êtres humains... Elle est au-delà de la religion. La religion devient alors un simple support. Une vérité ainsi perçue et comprise est bien sans étiquette comme nous l'indique le Bouddha dans ses enseignements. Car n’oublions pas qu’avant d’être des religieux ou des athées, nous sommes et restons avant tout des êtres humains. Et un être humain sait ce qui est bon ou mauvais pour lui et les autres à partir du moment où il comprend pourquoi. 

(inspiré des Enseignements du Bouddha de Walpola Rahula )

 


Kusen du 11 juillet 2013

 

Dans notre esprit, naître signifie que quelque chose devient à partir de rien et qu'à partir de personne, on devient quelqu'un. Que donc l'existence vient du néant et que du néant naît l'être.
Cette perception est erronée car rien ne peut surgir à partir du néant.
En réalité, comme l'a dit Lavoisier : "Rien ne se perd, rien ne se crée."
Les maîtres zen nous disent souvent aussi qu'il n'y a ni naissance ni mort.

Prenons l'exemple de cette feuille de papier qui contient le sutra de l'Hannya Shingyo.
Quand est-elle née ?
C'est difficile à dire. Notre côté cartésien nous dira qu'elle est née à l'usine.
Mais avant l'usine, où était-elle ?
Avant de se manifester comme feuille, elle était déjà présente sous la forme d'arbre, de soleil, de nuages.
Ma logique première me dira qu'en effet, la feuille est présente dans l'arbre car il s'agit de sa matière première mais que le soleil et le nuage n'ont rien à voir avec la feuille.
Mais sans soleil et nuages, l'arbre ne peut vivre.
Et s'il ne peut vivre, le papier n'existerait pas, du moins celui fait de matières premières bois.
Le soleil et les nuages sont donc bien présents dans cette feuille de papier.
Donc, l'inter-être est la nature du papier avant de se manifester comme papier.
Cette réalité s'est déjà manifestée sous forme de soleil, de nuages, etc...

La naissance est donc bien un moment de continuation de quelque chose.
Et pour les êtres humains, c'est la même chose.
Nous ne sommes pas nés du néant.
La naissance est seulement une notion, ce n'est pas la réalité.
Car s'il n'y a pas de naissance, il n'y a pas de mort non plus.
Quel était votre visage avant la naissance de votre grand-mère ?
Ce koan vous invite à rechercher et découvrir votre visage originel avant la naissance de votre grand-mère. C'est une pratique merveilleuse.
En vous embarquant sur ce voyage de recherche, vous aurez une chance de toucher la nature de non naissance et non mort et de faire disparaître la peur.
C'est le langage du zen.

Et lorsque Lavoisier dit que rien ne se perd et rien ne se crée, il dit la même chose.
C'est l'idée de naissance et de mort qui nous enlève la paix et le bonheur dans la vie quotidienne.
Mourir signifie l'être devenant non être mais c'est une chose impossible.
Quelqu'un peut-il devenir personne ? Non.
Si je brûle cette feuille de papier, nous ne pourrons pas la réduire à rien. Le papier se transformera en chaleur qui va pénétrer le cosmos. Il se transformera en fumée qui rejoindra les nuages.
Et demain, lorsque une goutte de pluie tombera sur votre front, vous aurez un nouveau contact avec la feuille de papier.
Les cendres produites par la combustion rejoindront la terre et un jour se manifesteront comme une fleur. Mais avez-vous suffisamment de pleine conscience pour reconnaître la fleur, pour reconnaître la feuille de papier dans la fleur ? C'est la vertu du regard profond de la méditation. Ils vous aident à voir très profondément le cœur de la réalité. 

Toucher la nature de l'inter être, c'est toucher la nature de la non mort et de la non naissance.
Le Bouddha a dit : quand les conditions sont suffisantes, la chose se manifeste et lorsqu'elles ne sont plus suffisantes, la chose se cache.
Il n'y a ni naissance ni mort. Il n'y a que la manifestation.
Dans le bouddhisme, l'être et le non être ne sont ni la question ni le problème car ils ne sont que des notions. Nous avons peur de devenir non être. Mais à la lumière de la méditation bouddhique, le non être ne peut naître de l'être, tout comme il est impossible à l'être de devenir non être.
Tout est une question de manifestations ou de non manifestations.

Par exemple, lorsque nous regardons l'espace, nous savons qu'il est rempli d'ondes, de signes envoyés par les stations de télévision, de radio, de téléphone.
Nous n'avons qu'à allumer un poste de télévision, de radio, un téléphone pour permettre à ces ondes, ces signes de se manifester. Même si nous ne voyons rien dans l'espace, cela ne veut pas dire qu'ils sont inexistants. Ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas manifestés que nous pouvons dire qu'ils sont non existants, du néant. Tout comme ces collines qui sont couvertes de fleurs en été et tout le contraire en hiver.
On ne peut pas dire qu'en hiver il n'y a pas de fleurs. Elles sont juste enfouies sous terre et attendent un élément pour se manifester : le soleil. 

Il est donc faux de dire que les fleurs n'existent pas en hiver.
Elles sont juste non manifestées.
C'est pourquoi le Bouddha a dit : "Ceci étant, cela est."

Quand les conditions sont suffisantes, les choses se manifestent. 

Donc la mort est la cessation de manifestation, suivie d'autres formes de manifestations.
En hiver, nous ne voyons pas de libellules, de papillons. Nous pensons que tout est mort mais soudain, quand le printemps arrive, tout vient à la manifestation.
Ce qui n'est actuellement pas perceptible, n'est pas non existant mais on ne peut pas dire non plus que c'est existant.
L'existence et la non existence ne sont que des notions.
Il y a la manifestation et la non manifestation qui dépendent de notre perception.
Si vous avez une perception assez profonde, une vision profonde de la vie, vous êtes libre de tout, de toutes ces notions : être, non être, naissance, mort, création, destruction, notion de soi et non soi mais aussi de la notion que rien ne peut exister par soi-même. 

C'est le summum de l'enseignement du Bouddha.

(Enseignement inspiré du Maitre zen Tich Nhat Hanh dans le livre Toucher la Vie.)

 

 

Kusen du 18 juillet 2013

 

Un sage hindou qui était en visite au Gange pour prendre un bain a remarqué un groupe de personnes criant de colère les uns après les autres.

Il se tourna vers ses disciples, a souri et a demandé :
- "Savez-vous pourquoi les gens crient les uns sur les autres lorsqu'ils sont en colère ?"

Les disciples y pensèrent pendant un moment et l'un d'eux dit :
- "C'est parce que nous perdons notre calme que nous crions.


- Mais pourquoi criez-vous quand l'autre personne est juste à côté de vous ? demanda le guide.

- Pourriez-vous tout aussi bien lui dire ce que vous avez à dire d'une manière plus douce ?"


Lorsqu'aucune des réponses des disciples n'était suffisamment satisfaisante pour le sage, il a finalement expliqué :
- Quand deux personnes sont en colère l'une contre l'autre, leurs cœurs sont séparés par une grande distance. Pour couvrir cette distance, ils doivent crier car sinon ils sont incapables de s'entendre l'un et l'autre. Plus ils sont en colère et plus ils auront besoin de crier fort pour s'entendre l'un et l'autre pour arriver à couvrir cette grande distance.

- Qu'est-ce qui se passe lorsque deux personnes tombent en amour ? Ils ne crient pas à l'autre mais ils se parlent doucement parce que leurs cœurs sont très proches. La distance entre eux est soit inexistante, soit très faible.


Le sage continua...
- Quand ils s'aiment encore plus, que se produit-il ? Ils ne se parlent pas, ils chuchotent et obtiennent encore plus de proximité et plus d'amour. Enfin vient un moment où ils n'ont même plus besoin de chuchoter, ils se regardent seulement l'un et l'autre et se comprennent.

Puis il regarda ses disciples et leur dit :
- Ainsi quand vous discutez les uns avec les autres, ne laissez pas vos cœurs s'éloigner. Ne dites pas les mots qui vous éloignent davantage, ou bien viendra un jour où la distance sera si grande que vous ne trouverez pas le chemin du retour...

Sagesse hindoue

 

 

Kusen du 25 juillet  2013

 

On ne peut atteindre la voie du Bouddha en n'étant pas en accord avec elle ; et en ne l'étudiant pas, on s'en éloigne encore davantage.  

Nangaku Dai-e a dit : «Ce n'est pas qu'elle ne dépend pas de la pratique et de la réalisation, c'est qu'elle n'admet pas de souillures. En n'étudiant pas la voie du Bouddha, on tombe dans des voies non bouddhiques, icchantikas (terme désignant les êtres qui, en raison de leur constitution, ne sont pas réceptifs à la loi du Bouddha et n'ont pas la possibilité d'atteindre l'éveil. Il désigne aussi les individus « sans foi ni loi » qui n'ont plus de racines saines) et autres hérésies."

C'est pour cette raison que tous les Bouddhas ont nécessairement pratiqué, pratiquent ou pratiqueront la voie du Bouddha. Provisoirement, disons qu'il y a deux manières d'étudier la voix : par l'esprit et par le corps.

Mais obtient-on l'éveil par l'esprit ou l'obtient-on par le corps ? 

Les écoles bouddhiques disent que l'on atteint l'éveil par le corps puisque le corps et l'esprit ne font qu'un.
Mais, comme ils s'appuient sur l'identité du corps et de l'esprit, le rôle du corps n'est pas clairement déterminé.
Chez nous, on l'obtient à la fois par le corps et par l'esprit. Tant que vous examinerez la loi du Bouddha avec votre esprit, vous n'obtiendrez pas l'éveil, même si vous réfléchissez durant 1 000 vies et 10 000 éons. C'est en abandonnant vos pensées et en laissant tomber savoirs, opinions et compréhension que vous l'obtiendrez. Certains l'ont réalisé en voyant des formes, et d'autres en entendant des sons, et cela grâce à leur corps. Ainsi, si vous laissez tomber pensées, connaissances et raisonnements, si vous vous concentrez seulement sur Zazen, vous entrez dans l'intimité de la voie. C'est par le corps qu'elle s'ouvre véritablement. C'est pourquoi je vous prie  instamment  de pratiquer exclusivement Zazen.

 

Vous qui étudiez la voix, abandonnez corps et esprit, et entrez complètement dans la loi du Bouddha. Un ancien a dit : «Quand on est en haut d'une perche de cent pieds, comment avancer d'un pas ?» Dans cette situation, si vous vous dites qu'en lâchant prise, vous êtes mort, vous vous cramponnerez encore plus fort. En revanche, si vous vous dites que, après tout, ce n'est peut-être pas si mal, vous avancerez résolument et, comme si vous abandonniez votre vie, pour renoncer à tout au monde, à commencer par vos occupations dans la vie et jusqu'à vos moyens de subsistance. Aussi longtemps que vous n'aurez pas rejeté vos préoccupations, vous aurez beau étudier la voie avec autant d'ardeur que pour éteindre le feu qui a pris dans vos cheveux, vous n’obtiendrez pas l'éveil. Il faut résolument abandonner à la fois corps et esprit.

 

Pour étudier la voix, il faut se détacher de son moi individuel. Aurait-on étudié mille soutras et 10 000 commentaires, si l'on ne supprime pas cet attachement, on finit par tomber dans la fosse aux démons. Un maître a dit jadis : « Si vous n'avez ni l'esprit ni le corps de la loi, comment pourriez-vous devenir un Bouddha ou un patriarche ? » Se détacher de son moi, c'est se jeter corps et esprit dans le grand océan de la loi du Bouddha, et pratiquer en accord avec elle, quelles que soient les épreuves et les peines. Il se peut que vous vous sentiez humiliés de mendier votre nourriture, mais, temps que vous penserez ainsi, vous ne pourrez pas entrer dans la loi du Bouddha. Oubliez les préjugés mondains et étudiez la voie en vous remettant uniquement à la doctrine. De même, si vous vous sous-estimez, et que vous pensez ne pas être à la hauteur de la loi, c'est que vous avez conservé un attachement à votre moi. Se soucier du regard des autres et de leurs réactions est à l'origine de l'attachement à soi-même. Étudiez pratiquer la loi du Bouddha. Vous conformez pas l'opinion d'autrui.

 

Extrait tiré du Shobogenzo de Maître Dogen.

 

 

Kusen du 31 Juillet 2013

 

La vie moderne nous pousse à l’individualisme. Les gens qui ne connaissent pas la loi du karma croient que pour réussir, il faut penser d’abord à soi-même. D’après eux, c’est une attitude réaliste que d’être égoïste.

La contre partie de cet endurcissement intérieur face aux besoins et à la souffrance des autres est l’augmentation de la saisie dualiste de l’égo d’où une sensation d’enfermement, de solitude, de tristesse qu’aucun bien matériel de ce monde ne pourra jamais satisfaire.

A l’opposé, celui qui suit la voie du Bouddha purifie son cœur de ses passions. Il agrandit sa compréhension du monde parce qu’il pense d’abord au bonheur des autres. C’est un esprit ouvert qui au lieu de ruminer du mécontentement et des désirs insatisfaits veut devenir stable comme Foudô-Myôô. Le calme de l’esprit obtenu par une vie retirée de l’agitation stérile du monde lui permet d’affiner sa sensibilité et son univers intérieur s’agrandit lui permettant de communiquer avec la totalité de la vie. Résumons cela en disant que l’égoïsme et la dureté enferment sur soi, la bonté et la finesse d’esprit ouvrent le cœur et apportent le bonheur.

Avec le temps les conséquences de ces deux attitudes si différentes se renforcent sur le caractère et oriente l’évolution de la vie.

Pour quel idéal vivons-nous ?

Si en Occident et en Orient, il y a une désaffection de la jeunesse pour le religieux, c’est que les causes de dispersion sont devenues nombreuses, la société valorise les futilités, l’activité physique ou intellectuelle en déconsidérant la recherche intérieure contemplative.

Du point de vue de l’éducation, les parents pensent avant tout au seul bien-être matériel et au développement intellectuel de leur enfant parfois considéré comme un roi.

Ils veulent sa seule réussite dans les études mais ils oublient parfois de lui enseigner des règles de savoir-vivre élémentaires ou des principes moraux parce que cela parait désuet, voire de limitant pour l’épanouissement de sa personnalité. Ce n’est pas un facteur de réussite personnelle pour un enfant que d’être élevé sans contraintes, sans frustrations. Il risque de devenir un égoïste prétentieux qui ramène tout à lui et personne ne veut travailler avec ce genre d’individus.

Adolescent, il s’agit de découvrir le monde et c’est l’occasion de faire des expériences qui parfois salissent le cœur et il perd de sa sensibilité pour s’endurcir au contact de la vulgarité.

Même les dessins animés exercent très tôt une influence, les enfants veulent se sentir forts et ils ont des super héros. Il y a une quinzaine d’années, un professeur m’a dit que le caractère des enfants dans les petites classes était devenu beaucoup plus dur.

Ils sont influencés par les modèles que les films, la télé et les jeux vidéo impriment dans leur subconscient. La croyance globale est que la vie est un combat entre le bien et le mal, moi contre les autres et qu’il faut donc être le plus fort et le plus malin.

Vouloir dominer, c’est assez mesquin. Cela ne rend pas sage et heureux et cela ne donne pas un sens à la vie comme de vouloir faire du bien au service de l’humanité.

En quoi croyons-nous ? Pour quel idéal serions-nous prêts à sacrifier notre vie ?

Les anciennes générations ont été élevées avec un système de valeurs plus paisible, enseigné par les livres de conte qui avait une fin juste, équitable où le respect de la vérité et la bonté envers les plus petits était récompensé. Il y avait la notion d’une intelligence bienfaisante supervisant chaque destinée, rétribuant le dévouement et châtiant la méchanceté.

Les héros antiques se sacrifiaient pour le bien de tous ou pour sauvegarder quelque chose d’infiniment précieux, le lien avec Dieu qui permet à la vie de s’exprimer harmonieusement dans ce monde. Ils mouraient mais ils renaissaient à une autre réalité et devenaient immortels.

La vie, c’est la communication mais pas celle où les hommes s’isolent devant leur ordinateur car ils se mentalisent et perdent la sensibilité du cœur. Rien ne peut remplacer le contact humain direct, l’expérience de l’amitié et de l’amour. Pour grandir intérieurement, il faut aimer et accepter de souffrir d’aimer.

Quand les hommes ont fait trop de mauvaises actions, leur cœur se ferme complètement. Ils deviennent sourds et aveugles aux choses subtiles de la vie et ils pensent alors qu’elles n’existent pas. Ils se disent athées parce qu’ils ont besoin d’être rationnels, ils veulent croire pour se rassurer qu’ils peuvent tout faire avec leur intelligence et leur volonté, tout contrôler par la science. Le jour où ils sont malades, ils commencent à se poser des questions mais il est alors trop tard.

Si la compréhension qu’on a du monde dépend uniquement de ce que les machines peuvent mesurer, quelle limitation ! Au 21°siècle, les progrès scientifiques s’accroissent mais il y a une sorte de retour au Moyen-Âge au niveau de la sagesse. Ceux qui sont trop rationnels sont en fait très bornés, ils ne peuvent comprendre l’idéal des religieux qui recherchent la connaissance intérieure en affinant la sensibilité de leur cœur. Cette recherche demande de maîtriser ses réactions instinctuelles et de la lucidité pour remettre en cause ses croyances sur sa propre identité.

Kôbô-daïshi disait : « L’illumination, c’est connaître son cœur tel qu’il est ».

Le philosophe grec Socrate indiquait que sur le temple de l’Oracle de Delphes était inscrit « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux ».

Yukaï Senseï

 

Kusen du 08 aout 2013

 

Nous ne sommes pas obligés d’être l’otage toute notre vie d’une enfance douloureuse. Méditer permet de prendre le contrôle de son propre esprit et de devenir heureux de vivre, libre et conscient, responsable de ses choix.

Pour cela, il faut s’alléger du sac des émotions refoulées qui étouffent notre joie intérieure.

Quand nous avons un choc dans la vie quotidienne, nous nous arrêtons spontanément de respirer par un mécanisme de défense pour rester lucide. L’apnée bloque et empêche l’émotion de nous envahir vers le haut, c'est-à-dire de submerger notre conscience.

On dit en français « J’ai été surpris, cela m’a coupé le souffle».

Par contre, quand l’émotion monte et submerge la volonté, on peut entendre comme justification « J’ai vu rouge et je ne savais plus ce que faisais, c’est alors que j’ai frappé mon adversaire ». Il n’y a pas de frustration mais souvent après beaucoup de regrets.

Ne pas réagir à chaque agression peut être utile, vis-à-vis d’un supérieur irascible pour garder son emploi. Mais à la longue, une accumulation de blessures et d’humiliations peut amener à la dépression et pousser à des attitudes suicidaires, alcoolisme, accidents à répétition, automutilation, etc... Nous ne pouvons pas nous aimer nous-même si tout le monde nous renvoie une image négative et si nos meilleures intentions sont mal interprétées.

Des expressions comme «  J’en ai plein le dos », « J’ai gardé cela sur l’estomac » signifient qu’on ne peut plus supporter une accumulation d’émotions non exprimées. Parfois il vaut mieux quitter un conjoint tyrannique ou un travail où l’ambiance est malsaine plutôt que de devenir ou de rester  malade.

Dans certaines situations, il n’y a pas de bon choix possible : soit on perd quelque chose de matériel, soit on perd le respect de soi-même en abandonnant ses principes moraux ou des repères affectifs, etc... Par exemple, quand le patron oblige les employés à mentir et être malhonnêtes sous peine de perdre un avantage social ou leur emploi, ou encore quand il y a des infidélités conjugales et qu’on fait semblant de ne pas savoir pour préserver la stabilité familiale à cause des enfants.

Souvent le subconscient sait des choses que le conscient refuse de voir mais le corps lui réagit plus directement, des maladies de peau peuvent apparaître (Psoriasis) ou des douleurs du dos ou plus grave encore une dépression qui pousse au suicide, parce qu’il y a pas d’écoute, de dialogue, de respect et pas d’autre solution que de partir.

Les rêves de la nuit qui suivent un choc ou un conflit permettent de se libérer d’une partie de ses tensions en imaginant des solutions ou des compensations mais parfois il y en a trop, trop souvent, ou trop graves.

Parfois les émotions se fabriquent à posteriori par l’imagination, elles ne s’appuient sur aucune réalité historique. « Et si à ce moment là, le chien avait mordu ma fille ? », Le chien ne pensait qu’à jouer gentiment mais certaines gens sont de vrais experts pour faire leur propre malheur en ruminant des pensées de peur, de haine qui les empoisonnent autant que si elles étaient fondées sur des faits réels et ainsi ils peuvent justifier leur tyrannie protectrice auprès de leurs proches.

Parfois des émotions quand elles sont accumulées et refoulées pendant longtemps peuvent s’organiser pour créer des angoisses qui vont être déplacées dans des situations très variées, comme la peur de rouler en voiture, de prendre l’avion ou d’être enfermé dans un ascenseur, etc... Ainsi on oublie la cause véritable du stress et on continue à subir. Une émotion peut avoir une vie autonome et déformer la manière de percevoir le monde parce qu’elle peut être stockée par le cerveau droit qui pense par analogie. Il peut faire des rapprochements illogiques et créer des réactions émotives disproportionnées devant des faits mineurs mal interprétés. Les gens très rigides psychologiquement ont beaucoup de principes moraux, ils sont dirigés par leur cerveau gauche rationnel, coupés de leur inconscient émotionnel, ils ont souvent occulté leur passé culpabilisateur et ne comprennent pas pourquoi ils réagissent par des bouffées de colère ou d’angoisses incontrôlables dans certaines situations.

 

Kusen du 09 Janvier 2014

 

Nous avons commencé cette nouvelle année avec le cyclone Bejisa qui est passé à moins de 30 km de nos côtes. Il a bien entendu commis quelques dégâts sur son passage, ce qui a provoqué de nombreuses coupures d'eau et d'électricité. 

N'ayant plus que la radio pour connaître l'évolution de la situation, je me suis connecté sur la célèbre radio locale de ladilafé. Il était intéressant d'écouter les gens s'exprimer un à un.  Tous appelaient pour se plaindre de leur situation. Toute la journée, tous les appelants disaient exactement la même chose. "Je n'ai plus d'électricité et/ou d'eau depuis tant de jours, je n'en peux plus, c'est dur... "

 

Cela me fit prendre conscience à quel point nous sommes devenus esclaves de notre confort. A entendre certains, c'était la fin du monde. Je reconnais que cela n'est pas évident lorsqu'on n'est plus habitué, notamment pour les provisions dans le congélateur par exemple. Mais beaucoup oublient que du temps de nos grands-parents et même de nos parents pour certains, il n'y avait pas d'électricité à la maison ni d'eau. J'eus alors l'image de Cliptwon, un quartier de Soweto en Afrique du Sud qui me vint à l'esprit. Ils vivent chaque jour comme ça. Et je n'ai pas le souvenir d'avoir vu des gens se plaindre ou être triste. Au contraire, j'avais ressenti une énergie lumineuse, radieuse dans les yeux de tous ceux que j'ai croisés. Cela m'avait profondément marqué. 

 

C'est effrayant de constater que nous sommes tellement attachés au confort matériel, que lorsqu'un imprévu nous détache de force, nous paniquons, nous prenons peur comme si le ciel nous tombait sur la tête. Pour le coup du cyclone, c'est vrai que c'est un peu le ciel avec son vent et sa pluie qui nous est tombé dessus ! Mais la plupart d'entre nous n'étaient pas en danger de mort. Nous étions parqués chez nous. C'est un fait mais nous avions des bougies ou des lampes pour nous éclairer. Nous avions rempli des bouteilles d'eau avant la coupure par expérience. On se retrouve un peu à faire du camping chez soi mais cela n'est, techniquement parlant, pas une situation insurmontable même si elle peut s'avérer inconvenante. Le cyclone a soufflé pendant une journée ou deux et les coupures n'ont pas duré plus d'une semaine pour les cas extrêmes. Mon beau frère me disait que du temps du cyclone Feringa en 1989, ils étaient restés un mois et demi sans eau ni électricité. Et bizarrement, les gens se plaignaient moins. C'est ce que j'ai pu récolter comme témoignage avec mon entourage ainsi qu'avec radio ladilafé. Les gens sont frustrés dès le premier événement incongru. Cela crée une angoisse, une révolte intérieure. Ils ont besoin alors d'un bouc émissaire pour se défouler, pour évacuer ce mal-être interne. Et dans le cas actuel, la radio joue ce rôle d'évacuateur. Les cibles deviennent donc les agents EDF et des compagnies d'eau. A tel point que certains ont même été pris à partie physiquement. Le problème de cette radio est qu'elle contribue à entretenir cet esprit de ras-le-bol collectif, de rejet de la situation. Ce qui a pour conséquence de révolter les auditeurs plutôt que de les apaiser. Et plus les gens ne sont pas content et plus les auditeurs ont envie d'écouter. C'est un véritable cercle vicieux. L'écoute dans ce cas n'est pas du tout constructive. Elle n'a pour conséquence que d'alimenter et d'entretenir votre pensée négative. Bien entendu, tout n'était pas noir dans cet exemple. Le fait que les gens appelaient a permis à la radio de faire remonter les infos aux entreprises concernées. Comme une sorte de relais improvisé.

 

Cette situation me fait penser à notre comportement pendant zazen ou dans notre vie de tous les jours face à nos pensées et émotions. En zazen, nous apprenons qu'il faut laisser passer les pensées et émotions qui nous traversent sans les accaparer ni les rejeter. Nous les acceptons telles quelles tout en restant dans le moment présent car nous savons qu'elles sont impermanentes. En ne s'y accrochant pas, elles s'en iront comme elles sont arrivées. Comme par magie. Par contre si nous nous attachons à elles, elles nous habiteront et nous les ruminerons encore et encore. 

 

C'est exactement ce qu'il s'est passé sur cette radio pendant et après le cyclone. Les gens ont ruminé encore et encore, et en direct ! Croyez-vous que la personne qui vient d'appeler ressentira un soulagement après ? Et celle qui a écouté ? Se sentira-t-elle plus heureuse d'avoir écouter cet appel de plaintes ? 

 

En adoptant l'état d'esprit du zazen, vous laisserez aller votre plainte. Elle discutera quelques instants et si vous ne  l'entretenez pas, elle perdra de sa force et s'effacera d'elle-même. Vous accepterez la situation dans lequel le cyclone vous a mis car vous savez que cela sera temporaire. Vous gardez le sourire et votre positivité en vous disant que vous vivez un moment différent des autres jours de l'année.  Cela ne signifie que vous ne ferez rien. Pour ma part, nous avons pris nos dispositions par exemple pour sauver nos provisions en les déposant chez quelqu'un qui avait du courant. Ma belle mère nous a prêté quelques bougies. Nous avons profité de ces instants pour faire des jeux avec les enfants, pour discuter et passer du bon temps. Nous nous sommes inclinés devant la puissance de Dame Nature. Nous avons délaissé la télé et la tablette pendant quelques jours. Et cela ne nous a pas fait de mal. Les enfants furent ravis de se baigner dans une bassine comme à l'ancienne. Au final, tout se déroula dans la joie et la bonne humeur. 

Nous aurions pu nous aussi nous morfondre et appeler la radio pour nous plaindre. Mais pensez-vous que cela aurait changé notre situation ? 

Nous savions que cette situation était temporaire et qu'il fallait juste faire preuve de patience. En lâchant prise, nous avons gravé des souvenirs mémorables pour le premier cyclone de mon petit dernier. Bien sûr, je relativise car je n'aurais peut-être pas réagi de la même manière si le toit de la maison s'était envolé ou que quelque chose de grave était survenu. Fort heureusement, ce ne fut pas le cas. 

 

Rester maître de soi signifie, vous l'aurez compris, de ne pas se laisser emporter par les cyclones tant extérieurs qu'intérieurs. C'est garder à l'esprit qu'il est important de tenter de lâcher prise sur notre mental. C'est de comprendre que nous ne sommes pas lui et donc pas à son service mais que c'est lui qui est à notre service. Ce n'est pas lui qui doit nous contrôler mais le contraire. En le lâchant, nous devenons pleinement présents à ce que nous faisons. Nous ne subissons plus les angoisses du passé et les peurs du futur. 

Et lorsqu'une émotion pas très cool se pointe, nous ne fonçons plus tête baissée. Nous savons qu'elle n'est que temporaire et qu'elle finira par partir. Nous restons le maître aux commandes. Personne ne prend notre place. 

Nous savons alors qu'il est inutile de manifester et donner vie à telle réaction ou comportement s'il est susceptible de créer de la souffrance pour autrui ou nous-même. Et même si cela pourrait me donner l'impression de soulager mon égo pendant quelques minutes. Rester maître de soi signifie donc avoir la vision profonde. C'est à dire passer d'une vue à 45 degrés à celle de 360. Alors quand un cyclone pointera le bout de son nez chez vous, rappelez-vous cette fameuse pub pour location de voitures avec le monsieur qui a loué qui se demande : "Alors, c'est qui le patron ?!" et qui se met à crier haut et fort : "C'est moi le patron !!! "

 

Aujourd'hui, je discutais avec un ami qui est tombé subitement malade au point de suivre une chimiothérapie et d'être obligé de démissionner de son travail. Il me confia que son véritable maître aura été la maladie. Il me dit qu'elle est dure et coriace, qu'à cause d'elle il a découvert un degré de souffrance jamais atteint durant ses 55 années de vie. Elle aura été son véritable maître car elle l'aura obligé à lâcher prise sur le corps mais surtout le mental. Elle a carrément modifié sa vision de la vie. Elle lui a offert le détachement sur la superficialité du monde matériel et du mental. Il m'avoua qu'il avait beaucoup de chance d'avoir rencontré la méditation sur son chemin. Cela l'aide beaucoup à surmonter ses épreuves. J'ai beaucoup d'affection pour cet ami. C'est quelqu'un d'authentique, généreux et sincère. Il ajouta alors qu'il comprenait ceux qui dans son cas , désiraient mettre fin à leurs jours. Car cela signifie aussi pour eux mettre fin à leur souffrance. Sans la méditation et l'arrêt de son incessant mental, il est certain qu'il n'aurait pas pu surmonter cette épreuve. Rien n'est encore gagné pour lui car il souffre encore et ne sait pas s'il va s'en sortir mais les docteurs viennent de lui donner le résultat de ses dernières analyses qui, même s'il ne le ressent pas encore, montrent un léger mieux de état. Que pourrait-il faire d'autre mis à part accepter sa maladie et tenter de lâcher prise ? Croyez-vous que s'il appelait la radio pour se plaindre de ses souffrances et ruminer que cela irait mieux ? 

Pensez-vous qu'il ne sourirait pas s'il entendait les gens se plaindre et crier à la fin du monde car ils ont été coupés d'EDF et d'eau pendant 4 jours ?


Restez au contrôle tout le temps. Voilà le secret que vous devez retenir. Le seul maître à bord, c'est vous ! Et ce, quelque soit le temps et la hauteur des vagues... Alors c'est qui le patron ?!